« Le cinéma est le plus beau des escrocs du monde. »
-Jean-Luc Godard« Cinema is the most beautiful swindler in the world. »
-Jean-Luc Godard
Sorti en 1973, F for Fake d'Orson Welles est un film profondément atypique, mêlant documentaire, essai cinématographique et montage expérimental. Dès son ouverture, Welles annonce la thématique centrale : celle de l'illusion et du mensonge. À travers des histoires croisées – celles du faussaire Elmyr de Hory et de l'escroc littéraire Clifford Irving.Released in 1973, F for Fake by Orson Welles is a deeply atypical film, blending documentary, cinematic essay, and experimental editing. From its very opening, Welles announces the central theme: that of illusion and lies. Through intertwined stories, those of forger Elmyr de Hory and literary swindler Clifford Irving.
Un Film à deux visages : Reichenbach et Welles
F For Fake célèbre l'art de la tromperie.
Tout d'abord dans son fond, en nous faisant découvrir le faussaire, Elmyr de Hory. Présenté comme un génie capable de duper les experts, un artiste dans l'ombre dont les copies rivalisent avec les originaux, soulevant ainsi la question : "Une œuvre est-elle valide parce qu'elle est authentique, ou parce qu'elle est belle ?"A Film with Two Faces: Reichenbach and Welles
F For Fake celebrates the art of deception. First in its subject matter, by introducing us to the forger Elmyr de Hory. Presented as a genius capable of deceiving experts, an artist in the shadows whose copies rival the originals, raising the question: "Is a work valid because it is authentic, or because it is beautiful?"
Mais également dans sa forme en utilisant des séquences qui ne sont pas celles de Welles, mais celles de Reichenbach. Ces images de Reichenbach, issues d'un documentaire préexistant sur Elmyr de Hory, forment la majeure partie du film et deviennent dans les mains de Welles des outils de manipulation. En les réorganisant, Welles transforme ces fragments en une nouvelle œuvre, tout en dissimulant leur origine. Le spectateur, souvent inconscient du rôle crucial de Reichenbach, est ainsi pris au piège de l'illusion. Ce qui semble être du pur Welles est en réalité une appropriation, un jeu malicieux sur les notions d'art et de vérité. Une alliance parfaite entre le cinéaste de la fiction et celui de la vérité.But also in its form, by using sequences that are not Welles's but Reichenbach's. These images by Reichenbach, drawn from a pre-existing documentary on Elmyr de Hory, form the major part of the film and become in Welles's hands tools of manipulation. By reorganising them, Welles transforms these fragments into a new work, while concealing their origin. The viewer, often unaware of Reichenbach's crucial role, is thus caught in the trap of illusion. What seems pure Welles is in reality an appropriation, a mischievous game on notions of art and truth. A perfect alliance between the filmmaker of fiction and the filmmaker of truth.
F for Fake est moins une œuvre sur le mensonge qu'un film sur la nature de l'art lui-même. En brouillant les frontières entre le vrai et le faux, Reichenbach et Welles nous invitent à repenser nos idées préconçues sur l'authenticité et la valeur artistique. Ce qui compte, comme le souligne Welles, ce n'est pas l'identité de l'artiste ou la véracité de l'œuvre, mais le fait qu'elle existe et qu'elle continue d'émerveiller.F for Fake is less a work about lying than a film about the very nature of art itself. By blurring the boundaries between the true and the false, Reichenbach and Welles invite us to rethink our preconceived ideas about authenticity and artistic value. What matters, as Welles underlines, is not the identity of the artist or the truthfulness of the work, but the fact that it exists and continues to inspire wonder.
F for Fake n'est donc pas seulement une réflexion sur le faux, mais une célébration du pouvoir créatif du cinéma, un mensonge conscient qui révèle la vérité sous une forme nouvelle.F for Fake is therefore not only a reflection on the fake, but a celebration of cinema's creative power, a conscious lie that reveals truth in a new form.
F For Fake
- Autres titres : Vérités et mensonges // Fake
- Réalisation : Orson Welles
- Scénario : François Reichenbach, Orson Welles, Oja Kodar
- Producteurs : François Reichenbach, Dominique Antoine
- Musique originale : Michel Legrand
- Images : François Reichenbach, Christian Odasso, Gary Graver
- Montage : Orson Welles, Marie-Sophie Dubus, Dominique Engerer, Elisabeth Moulinier
- Son : Paul Bertault
- Photographe de plateau: Georges Pierre
- Acteurs, dans leurs propres rôles : Orson Welles, également narrateur, Oja Kodar, Elmyr de Hory, Clifford Irving, Edith Irving, François Reichenbach, Joseph Cotten, Richard Drewett, Laurence Harvey, Jean-Pierre Aumont, Nina van Pallandt, Howard Hughes, Andrés Vicente Gómez
- Société de production : Les films de l'Astrophore
- Coproduction : Janus Films, Saci (Téhéran)
- Genre : Documentaire
- Durée : 1h29
- Date de sortie : 1973
- Restauration par Les Films de L'Astrophore et la Cinémathèque française, en collaboration avec Documentaire sur grand écran, la Cinémathèque suisse et l'Institut audiovisuel de Monaco. Avec le soutien de Hiventy et la Fondation d'entreprise Neuflize OBC. Travaux réalisés au laboratoire Hiventy à partir du négatif original, et au studio L.E. Diapason à partir des pistes magnétiques 35 mm.
Tags: Long-metrage Documentaire 1973 Orson Welles